AOC Graves Rouges

Histoire : Bordeaux est le berceau d’un vignoble installé depuis près de 2000 ans autour du port de Bordeaux.Dès le premier siècle de notre ère, une tribu des Bituriges, peuple celte de l’ancienne Gaule, a implanté sur la rive gauche de la Garonne la « Vitis Biturica« , la vigne des Bituriges ; d’après R. PIJASSOU, elle aurait été importée d’Illyrie, l’Albanie actuelle. Ce cépage serait le plant de base des vins de Graves et du Médoc, la Bidure ou Vidure, et pourrait être l’ancêtre du Cabernet-Franc et du Cabernet-Sauvignon.

C’est ici qu’est né le grand vignoble Gallo-Romain de l’Aquitaine. Le poète, consul et viticulteur latin DECIMUS MAGNUS AUSONE, né à Bordeaux vers 310, et qui y mourut vers 394, avait installé une de ses villas sur le territoire des Graves : « Pagus Novarrus » à Mérignac. C’est Ausone qui a chanté ainsi sa ville natale :« … O Bordeaux, ma patrie célèbre par ses vins… » »… Toi qu’illustrent tes vins et tes fleurs… »

A la chute de l’empire romain les invasions barbares détruisent en grande partie ce vignoble, qui ne se maintient que dans l’enceinte de Bordeaux et hors les murs sur les domaines ecclésiastiques (Saint-Seurin, Sainte-Croix).

Au 12° siècle, le vignoble installé aux portes de Bordeaux essentiellement, connut une expansion particulière : en effet, en 1152, par le mariage d’ALIENOR d’AQUITAINE avec HENRI II PLANTAGENET, roi d’Angleterre, les propriétaires viticoles ont bénéficié d’avantages considérables pour exporter leur vin :- une exonération des droits de grande coutume ou de douane s’appliquait sur les vins provenant des vignes des bourgeois de Bordeaux ;- une vente en primeur grâce à une réglementation sévère interdisant aux vins du Haut Pays (descendant Lot, Tarn ou Garonne) d’être vendus avant la Saint-Martin (11 Novembre). A cette époque en effet ce vin se consommait très peu de temps après la récolte.Ce vin, « LE CLARET », issu principalement des régions septentrionales de l’appellation (Léognan) et méridionales (de Podensac à Langon) était un vin clair et ne ressemblait pas au grand vin que nous connaissons aujourd’hui.

Ces avantages contribuèrent à l’expansion du vignoble : la bourgeoisie bordelaise, par le défrichement des terres, étendit ses vignes de toutes parts, au Sud-Ouest jusqu’aux abords de LA BREDE et PESSAC entre autres.Au 14° siècle, en 1305, BERTRAND DE GOTH, devenu Pape sous le nom de CLEMENT V, donna au chapitre de Saint-Seurin son domaine de Pessac, actuellement « LE PAPE CLEMENT ».

En 1453 la bataille de CASTILLON au cours de laquelle le capitaine anglais TALBOT trouva la mort, marque la fin de la période du grand commerce avec l’Angleterre.

Au 16° siècle JEAN DE PONTAC installa le vignoble du HAUT-BRION.

A la fin du 17° siècle ARNAUD DE PONTAC premier Président du Parlement de Bordeaux prit grand soin de son vin et fit naître le premier la notion de « grand cru », tenant tête à la concurrence des vins du MEDOC.Ce succès incita les riches bourgeois à planter de nouvelles terres en vigne. Le MEDOC et les GRAVES se couvrirent de vignobles. C’est à cette époque que se réalisa la carte actuelle du vignoble bordelais.Au 18° siècle les moines Bénédictins de Sainte-Croix à Bordeaux achetaient le Château CARBONNIEUX.

Haute figure, le philosophe CHARLES SECONDAT, BARON DE MONTESQUIEU, possédait un petit vignoble à LA BREDE et un plus grand sur la commune de MARTILLAC.C’est à cette époque qu’apparaissent des noms de crus ainsi que la notion de « château » avec la généralisation de la bouteille (auparavant les vins étaient vendus selon l’origine par des négociants). Château LAFITE débute sa fameuse collection en 1797.

Une hiérarchie entre les différents crus se trouve mentionnée en 1787 dans le journal de voyages de THOMAS JEFFERSON, futur Président des Etats-Unis d’Amérique :- dans les vins rouges Haut-Brion étant dans la 1° classe, avec les 3 grands Châteaux du MEDOC : LATOUR, LAFITE et MARGAUX ;- dans les vins blancs il cite également YQUEM et CARBONNIEUX.Cette hiérarchie sera reprise par le classement de 1855.

Le vignoble des GRAVES comprenait de vastes exploitations, essentiellement aux mains d’une aristocratie bordelaise, de bourgeois et haut-clergé, et atteint son apogée au début du 19° siècle. Une classification s’imposait.

En 1855 la chambre syndicale des Courtiers en vins de Bordeaux adopte un premier classement : -5 classes pour les vins rouges principalement du MEDOC, seul le Château HAUT-BRION du vignoble des GRAVES est classé 1er cru. -3 classes pour les vins blancs principalement du SAUTERNAIS, le château d’YQUEM obtient un titre de Grand 1er cru.

Malheureusement différents fléaux ont considérablement affaibli le vignoble à partir de la deuxième moitié du 19° siècle. En 1852 l’oïdium largement étendu dans les GRAVES a atteint le reste du vignoble. Le désastre fut total à partir de 1853. Le drainage des parcelles accorda un répit aux viticulteurs. Mais en 1869 le phylloxéra s’abattait sur le Bordelais, les premiers symptômes furent repérés dans la région de Léognan ; des cépages américains résistants ont alors été importés ; P. ROUDIE voit là une cause directe de l’invasion du « mildew », le mildiou, qui se manifesta vers 1885. Cette infection due au développement d’un champignon parasite était en effet déjà connue aux Etats-Unis. D’autres ennemis de la vigne, le black-rot, le pourridié et d’autres encore frappèrent à la même époque.

La région des GRAVES très durement touchée par tous ces fléaux se trouva confrontée elle aussi à d’énormes problèmes : la diminution des récoltes, la concurrence des vins importés pour les besoins de la clientèle française, des transformations de méthode de culture, des arrachages, des difficultés de replantation, la diminution de la valeur des terres, des expropriations… On estime que près de 3000 hectares de vignes ont ainsi disparu dans le Bordelais. La reconstitution du vignoble s’imposait en même temps qu’un changement des conditions générales du commerce du vin pour lutter contre la concurrence des vins étrangers qui avaient envahi le pays au moment de ces crises. A partir du début du 20° siècle la reconstitution du vignoble s’accompagna d’une législation créant les « appellations d’origine contrôlées » en leur accordant la protection nécessaire. La production s’accroit alors sensiblement, la qualité est garantie. Les viticulteurs des GRAVES se sont bien sûr associés à cette politique de renouveau, et en 1953 une classification des vins de GRAVES voit le jour, consacrée par un arrêté ministériel du 18 Octobre 1958. Plusieurs centaines d’hectares ont été replantés pour redonner à ce vignoble la place qu’il a connue et qu’il mérite. Tous les grands crus classés des GRAVES sont situés sur le territoire de l’A.O.C. PESSAC-LEOGNAN. Cette appellation regroupe 60 Châteaux ou Domaines. Elle représente en surface et en production le 1/4 de l’appellation des GRAVES.

Terroir : Son sol, enrichi par les alluvions déposées lors des mouvements de la Garonne au cours des différentes ères géologiques, et son microclimat exceptionnel, font de cette belle contrée le siège d’un vignoble connu dans le monde entier. La qualité des vins de GRAVES est intimement liée à celles de son sol et de son climat.Les sols graveleux ou GRAVES, recouvrent les croupes ensoleillées de l’A.O.C PESSAC-LEOGNAN, drainées par les nombreuses rivières, les jalles, telles que la Devèze, le Peugue, l’Eau Blanche.Le sous-sol est composé d’argile, de sable, d’alios, de calcaire, de faluns (sable mélangé à des débris coquilliers du Tertiaire).

Les graves, mélange de graviers et de galets roulés par les eaux, reposent sur le sous-sol. De couleur claire, captant parfaitement la chaleur et la lumière du soleil accumulées dans la journée, les graves les réfléchissent progressivement sur les grappes qui ne sont pas ainsi irradiées directement par les rayons du soleil. Au cours des nuits, la chaleur emmagasinée est restituée aux ceps cultivés au ras du sol. Ainsi le raisin ne se refroidit pas brutalement ; sa maturation, ses parfums et sa couleur évoluent dans les meilleures conditions.Les graves sont très perméables, laissant passer les eaux de pluie; l’érosion est donc très faible, ce qui explique que l’on retrouve cette formation en surface du sol.

Climat : le climat de notre région présente le maximum de conditions avantageuses pour la culture de la vigne. C’est un climat du type océanique, tempéré, humide. La forêt des Landes assure une bonne protection.

Au printemps les gelées sont assez exceptionnelles et si dans certains cas elles diminuent le rendement, il est heureusement rare qu’elles l’anéantissent.Le mois de Juin, « mois de la fleur », apporte en général une douce chaleur, l’équilibre chaleur-humidité ambiante est assuré pour la floraison.Durant les mois de Juillet-Aout, la lumière du soleil, abondante, permet aux raisins de se gorger de sucre.A partir de fin Août les pluies apportent au sol l’humidité favorable à l’évolution du raisin. Cependant un excès de pluie serait néfaste, ralentissant la maturité et laissant se développer les différentes maladies cryptogamiques (Pourriture grise par exemple).

LE CYPRESSAT : Relatons une coutume très ancienne puisque AUSONE la mentionne. Les pilotes des navires venant charger du vin dans le port, fiers de leur voyage à Bordeaux, repartaient en emportant une branche de cyprès, cueillie dans la belle forêt du site de CYPRESSAT sur les coteaux de CENON. Cette branche de cyprès leur était remise d’abord par le magistrat de la ville, puis plus tard par le comptable du roi percevant la redevance payée au port par les navires.G. Lafforgue pense trouver dans « cette coutume ou même obligation, un premier « certificat d’origine » pour authentifier la provenance des vins et justifier leur qualité ». En effet il faut remarquer que seuls les navires venant charger du vin y étaient tenus.Caractéristiques générales de l’AOC Graves Rouge :

         L’œil : la robe des vins de Graves est d’une grande élégance et annonce son potentiel de garde, de rouge profond à reflets violet à cerise noire.

         Le Nez : puissant et complexe, intense ; fruits rouges bien mûrs et notes florales (violette). Très large, la palette aromatique présente aussi des notes fumées, des touches de pain grillé, de cuir, de réglisse, de vanille.

         La Bouche : grande puissance et fortement charpenté tout en restant parfaitement équilibré. Typicité de terres chaudes et de cuit.  Il confirme les impressions perçues par le nez. Les arômes s’ouvrent sur des combinaisons de notes variées de cacao, café, confitures, caramel.

La dégustation :

Château Langlet 2014 13°  13,10€ :

Situé sur la commune de Cabanac-Villagrains, canton de La Brède, le château Langlet est l’un des plus anciens crus de sa région. Il est référencé dans « Bordeaux et ses Vins » des éditions Féret de 1868, pour sa production en rouge et en blanc. Le vignoble s’étale sur une croupe de graves profondes, magnifiquement exposée. Il est aujourd’hui, la propriété de la famille Jean Kressmann (Château Latour Martillac), qui applique une culture et une vinification traditionnelles. Les rouges, en majorité de cépage Merlot, sont très charmeurs. Après un an d’élevage en fût, ils se montrent élégants et délicats. Surface de production en rouge : 7,1 ha (surface totale : 8,6 ha) ; Nature des sols : Sols de petites graves de la période tertiaire couvertes d’argile et de sable ; Encépagement : 80% Merlot – 20% Cabernet Sauvignon ; Densité de plantation : 5500 pieds/ha ; Age moyen du vignoble : 25 ans
Conduite du vignoble : Culture traditionnelle avec entretien mécanique des sols. Protection raisonnée.
Travaux en vert manuels : épamprage, dédoublage, effeuillage, échardage, éclaircissage.Vendanges mécaniques: Merlot : le 6 et 7 octobre 2014 ; Cabernet Sauvignon : le 16 octobre 2014 ; Assemblage 2014 : 85 % Merlot ; 15% Cabernet Sauvignon ; 300hl équivalent à 40000 bouteilles ; cuvaison 20 à 25 jours ; élevage 16 mois en barriques. « Le millésime 2014 du Château Langlet présente une robe grenat aux reflets brillants et violacés. Le nez offre un profil très aromatique autour de notes de fruits rouges (griotte) et noirs (mûre). En bouche, l’attaque dévoile de la rondeur et de la générosité. On notera un équilibre frais entre arômes de fruits rouges mûrs et tannins très soyeux. La finale est douce, gourmande et d’une belle longueur. »

Château de Castres 2014 13° 17,90€

Situé à Castres, c’est une belle chartreuse du 18ème qui a porté longtemps le nom de son propriétaire le Baron de Poitevin. Remarqué en 1881 par le guide Féret : « le château est entouré d’un beau vignoble d’un seul tenant (32ha), … un vin remarquable par le moelleux, la finesse et le bouquet ». Depuis 1996 José Rodrigues-Lalande (Château Roche-Lalande), ingénieur œnologue a acquis le domaine avec ses 21ha d’un seul tenant d’un beau sol de graves profondes avec une belle croupe graveleuse auxquels ont été ajoutés 16 ha de belles graves de vieilles vignes d’environ 25-30 ans.45% Cabernet-Sauvignon, 5% Cabernet Franc et 30% Merlot. Macération pelliculaire à froid pour extraire les arômes variétaux des raisins ? Fermentation alcoolique en cuve inox et fermentation Malo lactique en barrique. Elevage 15 mois en barrique. 120000 bouteilles.Le vin présente une robe grenat aux reflets rubis, un nez séduisant et très fruité (cassis, mûres). Bouche élégante, soyeuse, bien garnie avec des tannins délicats et une bonne attaque.

Château Cana 2014 12,5° 10,50€

Le château Auney l’Hermitage est une petite propriété familiale de 6 ha, située sur la commune de La Brède (limitrophe avec l’AOC Pessac-Léognan) en conversion bio depuis 2011. Le château est certifié BIO depuis le millésime 2015.Les parcelles sont travaillées au cheval depuis 2011. La cuvée Cana est d’une très grande régularité et se classe parmi les plus grands vins rouges de Graves.60% cabernet Sauvignon, 40% Merlot.La cuvée Cana est élevée 18 mois en fûts, principalement de 400 et 500 litres (25 % de bois neuf). La production est confidentielle puisque limitée à 6 000 bouteilles par an sur une superficie de 1,5 ha.A dominante de cabernet sauvignon (60 %), le vin présente un nez dominé par de beaux arômes de fruits rouges sans maturité excessive. En bouche les arômes épicés (clou de girofle, cannelle, tabac de Virginie avec une pointe de violette) et des notes de torréfaction dans sa jeunesse de moka et cacao. Le vin est d’une belle fraîcheur avec des tanins serrés déjà près à boire même s’ils méritent encore de se fondre. Un bon potentiel de garde d’une dizaine d’années.Une belle approche des vins de Graves, plus sur l’équilibre et dans la finesse que la puissance. Un rapport qualité/prix très doux.

Château Magneau 2014 13° 9,95€

Le Château Magneau est une très ancienne propriété exploitée par la famille Ardurats, descendante directe d’une lignée de viticulteurs antérieure au règne d’Henri IV. Le domaine se compose de plus de 45 hectares de vignes réparties sur les communes de la Brède et Saint-Morillon. 25 hectares sont plantés en blanc et 20 en rouge 5000 à 6000 pieds à l’hectare, âge moyen 20 ans. Le sol, à dominante de graves profondes, est idéalement situé sur des croupes bien exposées donnant des vins blancs secs très racés et des vins rouge d’une finesse incomparable. Le Château Magneau est pourvu d’un vaste chai de 700m² entièrement climatisé, équipé d’une importante cuverie en inox et de deux pressoirs ainsi qu’un dispositif de régulation thermique maîtrisant parfaitement les températures de fermentation. Dans le souci constant la recherche de qualité, un chai à barriques est également construit.La démarche Terra Vitis garantit un mode de production de qualité respectant l’environnement. Ce vin est élaboré avec des raisins issus d’une exploitation qualifiée au titre de l’agriculture raisonnée et suivant la démarche Terra Vitis.Avec un encépagement de 40% en Cabernet Sauvignon, 50% Merlot et 10% Cabernet franc, âge moyen 30 ans sur des graves profondes sablo-graveleux ; Vendanges mécaniques, fermentation alcoolique en cuve inox 25 à 27°C, durée de cuv

aison 15 jours. La Production moyenne en rouge est de 800hl soit environ 100 000 bouteilles ; élevage en barrique 12 mois (1/3 de fûts neufs).

Rouge profond, nez aux notes de fruits rouges, structuré, fin et aromatique. Tanins biens fondus.

Château de Labrède 2014

Construit à partir du 14ème siècle, le Château est à l’origine un château fort de style gothique entouré de douves en eau et documenté pour la première fois en 1285. Propriété de la famille de Lalande, le château est fortifié en 1419. En 1453, Jean de Lalande part en Angleterre et le château est confisqué par le roi de France mais rendu 10 ans plus tard. Il devient propriété de la famille de Pesnel puis encore par mariage de Marie Françoise de Pesnel avec Jacques de Secondat en 1686 propriété de Charles Louis de Secondat (1689 – 1755), Baron de La Brède et de Montesquieu, dit Montesquieu qui par de grands travaux d’irrigation et d’assainissement permet la culture des terres et y plante un vignoble que son fils Jean-Baptiste développe avec talent. Le vignoble produisant le vin blanc existera jusqu’en 2000 exploitée par Jacqueline de Chabannes. La Fondation, qu’elle a créée en 2004 pour préserver le Château et ses 150ha, décide en 2008 de faire renaître le vignoble. Dominique Haverlan, vigneron en Graves depuis plus de 20 ans (Vieux Château Gaubert) reprend le domaine en fermage et le premier millésime sort en 2011. En rouge, 4ha sur des graves caillouteuses et un sous-sol de graves argileuses. Vendanges manuelles en cagettes,

Le millésime 2014 est l’objet d’une vinification intégrale en fûts de 500 litres. Après fermentation alcoolique, ils restent en macération de 15 à 20 jours avec remontage manuels doux. Après écoulage, les jus sont remis dans ces mêmes fûts pour la fermentation malo-lactique puis pour l’élevage pendant 18 mois (fûts de 500 litres neufs). D’une couleur rouge intense, avec des arômes de fruits noirs bien mûrs et des notes grillées et épicées. Belle charpente, puissant et charnu et un potentiel de 10 à 15 ans.

Les vins de Madagascar : »Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme », disait Lavoisier. S’il y a bien un pays dans le monde e où cette maxime est appliquée à la lettre, c’est ici, à Madagascar !  Madagascar est un pays à deux vitesses où plus de 81% des 23 millions d’habitants vivent avec moins de $1,25 par jour et où 60% de la population a moins de 24 ans.

Imaginez…Y a-t-il du vin à Madagascar ? Mais Madagascar c’est, aussi saugrenu et impensable que cela puisse paraître, un pays producteur de vin. On y compte une dizaine de domaines, principalement répartis entre Fianarantsoa et Ambalavao, deux villes à environ 500km au Sud de la capitale, Antananarivo (Tananarive ou Tana en malgache).

Il a été apporté par les Français, pendant la colonisation, même si le vignoble s’est surtout développé dans les années 1970 pour atteindre environ 800 hectares aujourd’hui. La qualité n’est pas encore au rendez-vous mais certains sont tout à fait corrects.Le plus « connu » est le Grand Cru d’Antsirabe en rouge mais le coup de cœur serait pour un vin gris du Domaine Malaza. Léger et fruité : parfait pour les températures locales et pour accompagner les poissons de l’île.Outre ses sites historiques, Fianarantsoa c’est aussi une région viticole réputée pour la qualité de son vin. Cépages rapportés par des français, la ville est le premier producteur de vin de la Grande île sous les étiquettes « Lazan’i Betsileo » ,« Côtes de Fianar », « Malaza », « Château Verger », Côteaux d’Ambalavao », « Clos Malaza », « Maromby »…Le domaine Malaza est situé proche de Fianarantsoa (au centre ouest du pays) dans une cuvette à 1400 m d’altitude, abrité par la fin des contreforts de l’Isandra. Il produit des vins rouges, rosés, et gris provenant des cépages hybrides et locaux : Villard noir (proche du Pinot noir), Chambourcin, petit Bouchet, Villardin, Varousset et Couderc blanc.

La faible production et la qualité des bouchons ne permettent pas aux vins d’être exportés.Antsirabe – cépages hybrides et bouteilles non-millésimées : Stephan Chan Fao Tong, propriétaire-viticulteur du domaine Andranomanelatra et dernier rescapé de la région.  Sa philosophie : faire des vins mono-cépage pour garder la typicité et l’identité de chaque cépage vinifié. « Les cépages hybrides – par définition des cépages qui ont été croisés avec au moins deux espèces vitis – s’adaptent mieux à Madagascar : ils demandent moins d’eau et sont plus résistants aux maladies ;

Deux coups de cœur pour ce domaine : la cuvée Seyve Villard et le Rouge Viala.

Grand Cru d’Antsirabe Seyve Villard NM, (non-millésimé) : Un vin rouge issu du cépage hybride seyve villard et élevé dans des cuves béton pour garder la fraîcheur et le croquant du fruit. Nez qui se rapproche d’un Côtes-du-Rhône. On retrouve en bouche un goût de groseille et de violette, avec un peu de poivre.

Grand Cru d’Antsirabe Rouge Viala NM : Un vin rouge issu du cépage hybride viala, également élevé en cuve béton. Nez de groseille à maquereau et de bonbon. Bouche sur la cerise griotte. Vin très frais et de plaisir immédiat.

 

Fianarantsoa – entre vin de messe et vin gris : Pour le Clos Malaza, dans la région de Fianarantsoa, perdu en pleine nature. Ce domaine caché en pleine nature appartenait jadis aux Rois Betsileo. Ce n’est qu’au début du XXème siècle que des pères jésuites y établirent l’un des premiers vignobles de Madagascar. Depuis 1987, c’est le groupe Mac & Frères qui depuis perpétue son exploitation.

Leur cuvée Rouge NM, un assemblage de petit bouschet (90%), villard, chambourcin (aïeul pinot noir), villardin et varousset nous a séduits, avec ses arômes de fraise écrasée et de mûres. Des tannins fins en bouche et un fruit croquant.

Le Vin Gris NM, autre vin du domaine, est une spécialité du pays. C’est un assemblage de vin blanc majoritairement (ici 90% de couderc) et de vin rouge (10% de petit bouschet). Une curiosité. Avec un nez d’amande et une amertume très soutenue en bouche. Un vin à boire frais à l’apéritif avec des samossas.

Les autres vins du Clos Malaza : un Blanc Sec NM et un Blanc Doux NM, un Rosé NM et un délicieux Vin d’Ananas NM sec.

De l’autre côté de Fianarantsoa, direction la région du « Petit Vatican », qui tient son nom des nombreuses congrégations religieuses présentes – on en compte douze différentes dans un périmètre de quelques kilomètres à peine.  Les vins du Monastère de Maromby, fondé en 1958 par une douzaine de frères de l’Abbaye du Mont Des Cats, à Lille, abrite un domaine de 7 hectares assurant aux moines leur unique source de revenu grâce à la vente des bouteilles. 50% est planté en courder, le reste en petit bouschet.

Deux vins blancs et deux vins rouges sont produits (en sec et en doux), ainsi qu’un vin gris, un vin de messe et deux vins d’orange. Des vins de méditation, sans aucun doute…

Ambalavao – capitale du vin et cépages nobles au milieu des hybrides

Soavita, l’un des vignobles les plus connus de Madagascar et tenu par la famille Verger depuis 1973 et qui a vu son vignoble gagner en qualité ces dernières années pour se hisser au sommet des vins malgaches. Dans la vigne comme au chai, celui qui a redonné à Soavita ses lettres de noblesses, c’est Thierry Bernard, œnologue bergeracois d’origine –et qui a notamment fait ses armes à Saint-Emilion.

En blanc, la cuvée Kameleon NM, un blanc sec 100% couderc. On retrouve l’amande au nez comme en bouche avec une jolie amertume et un côté un peu pommadé. Une finale fraîche sur la poire. 11.5% alcool

En rouge, Château Verger NM, un rouge 100% Petit Bouschet, parfaitement équilibré et titrant à 12.5%. Une structure sur le fruit rouge avec un joli nez sur la mûre.

Egalement la cuvée Domaine Manamisoa NM, un rouge plus léger 100% Petit Bouschet, idéal pour le début de repas.

La quasi-totalité des bouteilles de vin sont recyclées à Madagascar. On décolle les vieilles étiquettes, on lave, on rince, on fait sécher en plein air…et le tour est joué !

Clos Nomena, le seul vignoble de Madagascar à utiliser des cépages nobles.  La vendange 2010 est pour l’instant le seul millésime produit par Clos Nomena : 2011 et 2012 ne sont pas sortis faute d’une météo trop capricieuse. Qu’importe, 2010 est un délice.

Le Blanc Moelleux NM, un assemblage de 90% chenin blanc et 10% riesling, est d’une grande finesse. Le vin a perdu de sa sucrosité mais il tend sur des notes de miel, d’épices et de pétrole. « Garçon, un moelleux au chocolat avec ce vin s’il vous plait ».